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Journée mondiale de la santé : Message de la Directrice régionale de l’OMS pour l’Afrique, Dr Matshidiso Moeti

Dr Matshidiso Moeti Directrice régionale de l’OMS pour l’Afrique

La Journée mondiale de la santé est célébrée le 7 avril de chaque année, depuis 1950, pour commémorer l’anniversaire de la création de l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) deux années auparavant.Le thème retenu pour l’édition de cette année, à savoir Notre planète, notre santé, est un rappel opportun du lien inextricable qui existe entre la planète et notre santé, au moment où la charge épidémiologique due aux maladies non transmissibles et infectieuses est en augmentation, tout comme l’incidence des problèmes liés au climat.

Les changements climatiques se manifestent par une hausse des températures, une élévation du niveau de la mer, une modification du régime de précipitations et par des conditions météorologiques extrêmes plus fréquentes et plus sévères. L’OMS estime que plus de 13 millions de décès qui surviennent chaque année dans le monde sont dus à des causes environnementales évitables telles que la crise climatique.

Avec des effets directs sur les principaux déterminants de la santé, les changements climatiques affectent la qualité de l’air et de l’eau, tout comme la sécurité alimentaire, ainsi que l’habitat et les établissements humains. Les répercussions sont évidentes en termes de charge due aux cardiopathies et aux affections pulmonaires, aux accidents vasculaires cérébraux et aux cancers, pour ne citer que ces exemples. En effet, les statistiques révèlent que les maladies non transmissibles représentent une proportion croissante de la charge de morbidité en Afrique.

Les maladies non transmissibles sont en passe de dépasser les maladies transmissibles mises ensemble avec les affections maternelles, néonatales et nutritionnelles en tant que principale cause de mortalité dans la Région africaine d’ici à 2030.[2] La maladie à coronavirus 2019 (COVID-19), conjuguée à la hausse vertigineuse des niveaux d’obésité, de diabète et d’hypertension, vient exacerber le problème, d’où l’urgence d’une riposte multisectorielle. Au cours des deux dernières décennies, la majorité des événements de santé publique étaient liés au climat, qu’il s’agisse de maladies transmises des animaux aux humains par des vecteurs ou par l’eau, ou encore de catastrophes naturelles. Par exemple, les maladies diarrhéiques constituent la troisième cause de morbidité et de mortalité chez les enfants de moins de cinq ans en Afrique. Or, une proportion

importante de ces maladies peut être évitée grâce à l’approvisionnement en eau potable et à des services appropriés en matière d’assainissement et d’hygiène.

Cependant, un Africain sur trois est confronté à une pénurie d’eau, tandis que près de 400 millions de personnes en Afrique subsaharienne n’ont pas accès à l’eau potable, qui est pourtant essentielle à la vie. En outre, environ 45 % de tous les décès d’enfants sont associés à la malnutrition, dont on sait qu’elle est l’une des causes de la diarrhée qui fait des ravages chez ces enfants.

Parallèlement et dans un monde en proie au réchauffement, les moustiques propagent les maladies plus loin et plus vite que jamais, avec de graves répercussions pour les pays africains qui ont notifié 94 % des 229 millions de cas de paludisme répertoriés dans le monde en 2019. Les décès dus au paludisme en Afrique représentaient approximativement 51 % de tous les décès dus à cette maladie dans le monde.

En 2018, les ministres africains de la santé et de l’environnement ont entériné la Déclaration de Libreville sur la santé et l’environnement en Afrique, préparée dans le cadre du dixième anniversaire de la Déclaration signée en 2008. Cette initiative soutenue par l’OMS vise à promouvoir l’investissement public dans la lutte contre les problèmes environnementaux qui ont un impact sur la santé humaine, tels que la pollution atmosphérique, la contamination des sources d’eau et les dommages causés aux écosystèmes.

En vertu de cette déclaration, l’OMS dans la Région africaine apporte un appui aux États Membres pour qu’ils puissent réaliser des évaluations de la vulnérabilité, de la situation et des besoins en matière de santé et pour qu’ils puissent élaborer des plans nationaux d’adaptation de la santé. Nous prêtons également une assistance aux pays pour qu’ils puissent soumettre à la Convention-cadre des Nations Unies sur les changements climatiques leurs plans nationaux d’adaptation assortis d’interventions essentielles de santé publique.

Parmi les exemples récents, on peut citer les projets menés en Éthiopie, au Ghana, au Malawi, au Mozambique, en République-Unie de Tanzanie et au Zimbabwe. Ces projets portent essentiellement sur des questions telles que l’eau et l’assainissement résilients aux changements climatiques, l’évaluation de la capacité des établissements de santé à faire face à la sécheresse induite par les changements climatiques et le renforcement de la résilience des systèmes de santé.

De nombreux pays ont mis en place des systèmes d’alerte et d’intervention rapide (EWARS) pour recenser les risques potentiels de maladies à transmission hydrique ou vectorielle sensibles au climat. Par exemple, un tableau de bord mesurant les cas dépassant le niveau d’endémie a aidé à détecter une poussée de paludisme en Éthiopie en 2020. Un plan de préparation et de riposte aux situations d’urgence palustre a par la suite été élaboré.

Avec une population africaine qui devrait atteindre le cap de 2,5 milliards d’habitants d’ici à 2050, nous pouvons nous attendre à une urbanisation galopante dans les zones exposées aux risques naturels et à une augmentation concomitante des blessures ou traumatismes, des maladies et des décès qui leur sont associés. Par conséquent, j’invite instamment nos États Membres à prendre d’urgence des mesures d’adaptation et d’atténuation qui s’avèrent nécessaires.

Les gouvernements, la société civile, les organisations non gouvernementales et les communautés doivent travailler main dans la main, se donner mutuellement les moyens d’action afin de garantir la prestation continue des services de santé essentiels pendant les événements extrêmes futurs, tout en endiguant l’incidence croissante des maladies liées à l’environnement et à des modes de vie impropres à la santé.

Nous ne pouvons pas nous permettre de perdre de vue la vérité fondamentale selon laquelle la crise climatique – qui constitue la plus grande menace sanitaire à laquelle l’humanité est confrontée – est aussi une crise sanitaire.

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